Mamema
Ma grand-mère ne parlait pas Français. Je n’ai pas de souvenirs précis, pourtant elle était toujours là, jusqu’à mes 6 ans. Il ne m’en reste que des flashs, promenades dans les champs, la boite de Bredalas au-dessus de l’armoire, son dentier qu’elle faisait légèrement sortir de sa bouche pour nous faire peur, nos fous rires en nous cachant derrière le fauteuil pour ne pas la voir.
Quand elle nous a quitté, on a continué à grandir avec l'Allemand, la langue maternelle de mon père qui lui nous parlait Alsacien.
Nous regardions la télé allemande. Mon père n’avait pas pris la peine d’installer la deuxième chaîne française sur notre télé noire et blanc. J’étais un peu frustrée de ne pas pouvoir regarder RécréA2 comme mes copines mais je me régalais avec Pumuckle, die Sendung mit der Maus et Pipi Langstrumpf.
Cette langue faisait partie de ma petite enfance mais je ne l’ai pas parlé avant mon entrée au collège. Ces années passées avec ma grand-mère sont restés dans ma mémoire et mes cours d’Allemand étaient un moment de détente. Pendant que mes copines suaient sur le datif et le nominatif moi je faisais mes exercices à l’oreille.
J’y ai beaucoup repensé ces derniers temps. Tout ce que m’avait apporter la maîtrise d’une langue étrangère : les rencontres lors de mes voyages, les facilités pour apprendre d’autres langues, des opportunités dans ma carrière professionnelle et puis sans doute une certaine ouverture d’esprit.
Un sacré coup de pouce pour la vie que m’a donné ma grand-mère.
Merci Mamema !
J’ai donc décidé qu’à mon tour j’allais immerger ma propre fille dans la langue de mon passé en lui apportant un capital pour l’avenir dont elle fera ce qu’elle voudra. Les débuts sont assez prometteurs, je vous raconterai…