Peur de l'avion
J'ai eu la chance il y a quelques temps de participer à un vol au-dessus des Alpes. En tant que ex-globe-trotteuse, je me suis dit, bah ce sera chouette de voir le coucher de soleil au-dessus de ces belles montagnes mais bon, je les ai souvent aperçue de l'avion en descendant vers le Sud… Monsieur Noisette me trouve parfois blasée… peut-être qu'il a raison…
La météo était excellente au décollage.
Monsieur Noisette et moi-même laissons les invités officiels à l'avant de l'appareil et nous squatons les deux derniers rangs de l'oiseau blanc. Même pas le temps pour les hotesses d'arriver jusqu'à nous pour nous servir le champagne, les premières montagnes apparaissent, magnifiques. Le soleil les teinte de douces couleurs, du rose au bleu, un peu d'or même…

C'est là que mon numérique m'indique que les piles sont vides… classique…
Deux secondes plus tard, les turbulances ont commencé… Par le hublot on pouvait voir les montagnes à quelques mètres de l'aile, l'appareil était secoué dans tous les sens, pouf, un trou d'air nous attirent quelques mètre plus bas, il remonte en chancelant. Dans la cabine le service est interrompu, nous n'avons toujours pas notre champagne ! Scandaleux ! Les passagers sont calmes, pas un cri… sauf Madame Noisette qui rigole comme un hyène hystérique.
Monsieur Noisette est devant moi, je ne vois pas son visage. Je l'entends juste insulter le pilote "il fait son malin pour impressionner la galerie"… moi "mais non, mais non, c'est un Suisse, il s'y connait en montagnes…" J'ai pour habitude de faire toujours confiance au chauffeur du véhicule dans lequel je me trouve… (sauf un jour dans un camion au Laos, mais c'est une autre histoire)
Du cockpit, une voix calme nous ennumère les vallées et les monts, les glaciers et les villages… puis le calme revient, nous volons un peu plus haut. Enfin du champagne. Monsieur Noisette me raconte qu'il a pensé à Bébé Noisette qui grandirait sans nous, à son plan de survi sur le glacier, manger les morts, leur prendre leurs habits pour se réchauffer en attendant les secours qui ne viendront pas…
Un peu plus bas le paysage est toujours aussi beau avec les lacs de haute-montagnes qui prennent des couleurs irréelles, j'en ai presque les larmes aux yeux tellement c'est beau, on se sent soudain si petit, même à bord d'un avion de plusieurs tonnes…
Plus tard, au sol, le pilote nous dira qu'il a vu un Japonnais sur un glacier jeter son appareil photo et se mettre à plat ventre pour nous laisser passer. Très drôle ! En fait, les falaises que je pensais froler avec nos ailes étaient à 3 kilomètres, incroyable cet effet d'optique !
Ceci-dit, je ne sais toujours pas si je peux affirmer sans mentir que je n'ai pas eu peur !…